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picto La fièvre de lait


La fièvre vitulaire de la vache laitière peut se définir comme une hypocalcémie brutale qui survient au moment du part (24 heures avant jusqu’à 48 heures après le vêlage). Elle est la conséquence d’un retard dans la mise en place des mécanismes régulateurs de la calcémie.


Quels sont les symptômes de la fièvre de lait ?

 

Le faible taux de calcium sanguin entraîne un trouble neuromusculaire qui va d'une simple hypotonicité musculaire à l'état comateux  : de la perte d'équilibre jusqu'à l'impossibilité du relever en passant par des changements d'appui permanents des postérieurs lors de la traite. Ces signes s'accompagnent d'un ralentissement du rythme cardiaque, de la rumination et du transit intestinal et d'un arrêt des contractions utérines stoppant le déroulement du vêlage ou l'expulsion des enveloppes fœtales.


Diagnostiquer la fièvre de lait, c'est savoir la distinguer des autres syndrômes de "vache couchée"

Comment s'effectue le diagnostic de la fièvre de lait ?

 

Devant une vache couchée après vêlage, certains gestes diagnostiques doivent être réalisés :

  1. la prise de température : la « fièvre » de lait est un terme impropre puisque la vache atteinte présente une température normale, voire en dessous de la normale
  2. un examen des premiers jets de lait des quatre quartiers permet d'éliminer une éventuelle mammite toxinogène
  3. si le vêlage a nécessité des manœuvres obstétricales, un contrôle d'intégrité de la paroi utérine s'impose : une métropéritonite aiguë peut survenir après une rupture utérine.

 

Il est important de pouvoir effectuer un diagnostic différentiel vis-à-vis des paraplégies traumatiques consécutives :

  • à des compressions nerveuses lors d'extraction forcée du veau  ou suite à des mauvaises positions de la vache lors du vêlage,
  • à des glissades sur le béton,
  • à des chevauchements souvent dramatiques sur une vache au moment du part du fait du relâchement des ligaments du bassin.

Quel est le mécanisme d'apparition de la fièvre de lait :

 

L'exportation du calcium dans les secrétions mammaires lors du démarrage de la lactation est la cause majeure d'une chute brutale du calcium sanguin. Physiologiquement, cette hypocalcémie brutale stimule la sécrétion de parathormone qui permet principalement :

  • la libération du calcium osseux pour compenser le déficit calcique au niveau sanguin,
  • l'activation au niveau du foie et des reins, de la vitamine D3, qui stimule indirectement l'absorption du calcium au niveau intestinal.

 

Si avant le vêlage, le bilan calcique est négatif, la parathormone est déjà stimulée et donc déjà disponible pour compenser la chute brutale de la calcémie.

Si au contraire le bilan calcique est positif avant le vêlage, c'est la calcitonine qui est sollicitée pour permettre la fixation du calcium excédentaire sur l'os. Il faudra donc inverser les mécanismes régulateurs et malheureusement leur efficacité n'est pas immédiate. La réponse du tissu osseux à la parathormone ne se fait que dans un délai de 48 heures et plus lentement et moins efficacement sur les vaches âgées. L'activation de la Vitamine D3 et son efficacité sur l'absorption intestinale du calcium nécessitent un jour de délai.

 

A noter aussi que l'excès de phosphore inhibe l'activation de la vitamine D3, alors que le déficit en magnésium réduit la réponse du tissu osseux à la parathormone.


Comment se traite-t-elle ?

 

L'efficacité du traitement de la fièvre de lait dépend de la précocité de sa mise en œuvre et des précautions prises, dès le début, pour assurer le confort de la vache.

 

La perfusion intraveineuse d'un sel de calcium reste la thérapie de choix qui permet de restaurer totalement et rapidement la calcémie. La solution doit au préalable être réchauffée et la perfusion doit être lente (8 à 10 minutes pour la dose totale) pour éviter tout risque d'accident cardiaque.

Les injections par voie sous cutanée ou par voie intramusculaire en dix points différents ne permettent pas toujours la remontée de la calcémie à des seuils de sécurité : c'est-à-dire que le relevé est permis mais une certaine hypotonicité musculaire persiste et rend la vache beaucoup plus sujette aux glissades.

 

L'utilisation de calcium buvable est complètement déconseillée si des symptômes de fièvre de lait sont apparus, car les risques de fausses déglutitions sont grands. Une erreur de lieu dans l'administration d'un chlorure de calcium (sel utilisé dans les préparations orales bon marché) entraîne une pneumonie presque toujours fatale pour la vache.

 

Il important de noter que le risque d'un accident thérapeutique est accru par l'effet additionnel du calcium administré par des voies différentes (sous cutanée ou orale puis intraveineuse) et par des intervenants différents.

Parfois lors de fièvre vitulaire, une hypophosphatémie sévère accompagne l'hypocalcémie et nécessite des injections de phosphore organique.

Les échecs les plus fréquents sont consécutifs au syndrome d'écrasement musculaire, qui lui-même dépend de la durée et des conditions du décubitus. Pour les vaches maintenues trop longtemps sur des sols durs ou traumatisants (béton ou logettes bétonnées paillées ou non) les risques de complications sont multipliés par 5. Lorsque le relevé ne suit pas la première injection de calcium, il est indispensable de placer l'animal sur une litière paillée ou au pâturage (si la saison le permet).

 

Une fois relevée la vache sera isolée dans un local non glissant pour éviter d'éventuels chevauchements ou glissades et tout déplacement vers la salle de traite se fera avec douceur.


Comment assurer la prévention de la fièvre de lait ?

 

Afin de diminuer la fréquence des fièvres vitulaires dans un élevage, les mesures visent à activer les mécanismes de restauration de la calcémie.

  • 1. Limiter les apports calciques : il faut éviter la distribution de certains aliments riches en calcium pendant le tarissement et dans la période prépartum : les légumineuses, l'herbe issue de pâturage ancien et crayeux plus riche en légumineuses, les compléments minéraux destinés aux vaches en lactation. Les vaches âgées, plus sujettes aux fièvres de lait, devront être obligatoirement conduites séparément des vaches en lactation jusqu'au vêlage tout en leur assurant la transition alimentaire péri partum pendant les trois semaines précédant le vêlage.
  • 2. La manipulation du BACA : le bilan alimentaire anions - cations (BACA) correspond à l'équation suivante: (Na + K) - (Cl + S). Un BACA négatif, recherché pendant le tarissement, améliore la libération du calcium osseux et l'absorption du calcium intestinal. Plus que la manipulation du BACA par des apports de sels anioniques (qui peuvent être contre-indiqués si les apports de calcium sont insuffisants) il faut retenir que certains aliments, présentant un BACA particulièrement positif, devront être évités pendant le tarissement : les légumineuses, l'herbe de prairie fertilisée, ou l'ensilage d'herbe, le bicarbonate de sodium.
  • 3. La Vitamine D3 : à la dose de 10 millions d'unités, elle est conseillée sur les vaches à risque 2 à 8 jours avant le vêlage. Attention! Si l'injection a été réalisée trop précocement, elle ne doit surtout pas être renouvelée en raison des risques de toxicité de cette vitamine.
  • 4. Apports de calcium par voie orale : dans les préparations commerciales destinées à la voie orale, le calcium est apporté sous la forme de chlorure, de propionate, d'acétate ou formiate. Les volumes préconisés par administration (300 à 500 ml) permettent un apport de 50g de calcium. L'absorption intestinale réalisée à partir de ces 50g de calcium équivaut à un tiers de la dose injectée par voie veineuse. La remontée de la calcémie est obtenue au bout d'une heure et persiste quatre heures à six heures, ce qui justifie un renouvellement de l'administration au bout de huit heures.


La fièvre vitulaire est une maladie métabolique fréquente, sans caractère de gravité lorsqu'elle ne concerne que le métabolisme calcique et lorsqu'une thérapeutique adaptée est instaurée rapidement. Sur une vache grasse, elle sera toujours associée à une stéatose hépatique qui modifiera profondément le pronostic. La thérapeutique médicale devra souvent être accompagnée d'une prise en charge hygiénique de l'animal afin de minimiser les complications.