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picto Quelles stratégies mettre en place pour contrôler la paratuberculose ?


La paratuberculose est une maladie insidieuse et complexe pour laquelle nous n’avons pas de traitement médical efficace, ni de vaccins (actuellement) à proposer.
Cependant, le fait de la découvrir dans son cheptel ne doit pas être considéré comme une fatalité et des solutions existent pour l’empêcher de s’exprimer et de se répandre davantage.


On sait comment la bactérie se propage et comment elle contamine de nouveaux animaux. C’est à l’aide de ces constatations que l’on peut établir une stratégie de lutte qui repose sur 2 axes complémentaires : détection et réforme des animaux excréteurs, maîtrise sanitaire des risques de contamination au sein du troupeau.


Il est à noter qu’on ne parle pas d’éradication de la maladie mais plutôt de contrôle : en effet, la bactérie est très résistante dans le milieu extérieur et il est difficile de s’en débarrasser définitivement, donc, on accepte sa présence mais on l’empêche de se développer.


Détecter et réformer les excréteurs :

 

Il est indispensable de trouver et d'éliminer les animaux qui rejettent la bactérie dans le milieu extérieur : ce sont les sources de l'infection.

Identifier les animaux malades cliniquement est relativement facile.

Ces animaux sont les plus dangereux : ils rejettent jusqu' à 4 milliards de bactéries par jour, il faut absolument les isoler et les éliminer très rapidement.

 

Malheureusement ils ne sont pas seuls à distribuer la bactérie et il faut identifier ce qu'on peut appeler « les porteurs sains » qui n'expriment aucun symptôme mais qui hébergent et rejettent également la bactérie.

C'est là qu'interviennent les tests de laboratoire qui doivent concerner tous les animaux âgés de plus de 18 ou 24 mois. Le choix du test reste délicat puisque le test parfait n'existe pas. Les orientations prises par votre GDS départemental, l'aspect économique et surtout les conseils de votre vétérinaire traitant, vous guideront.

 

Toutefois, ce qui compte surtout, ce n'est pas la nature du test (coproculture, elisa ou PCR) mais la répétition de celui-ci chaque année. C'est un point crucial du contrôle de la maladie : un plan, pour être efficace, doit durer, dans la grande majorité des cas, au moins 5 ans.

Tous les animaux trouvés positifs au test sont des excréteurs (et des malades potentiels), il faut donc, dans la mesure du possible, les isoler et favoriser leur réforme rapide.

Il faut également réfléchir au devenir des derniers descendants directs de ces animaux : les 2 derniers veaux issus d'un animal malade ainsi que le dernier veau d'un porteur sain ont de grandes chances d'avoir été contaminés pendant la gestation ou au moment du vêlage. Il faut donc les écarter de la reproduction et penser à une réforme précoce.

 

En élaborant un plan d'élimination de tous ces animaux, à nuancer selon leur statut, leur nombre et selon les possibilités économiques de l'exploitation, on diminue les sources de bactéries. Le risque de contamination de nouveaux animaux est donc réduit : la pression d'infection baisse.

De plus, la réforme précoce des porteurs sains permet de les valoriser avant qu'ils ne deviennent des non-valeurs économiques.


Dans un deuxième temps, il faut s'occuper de...

Maîtriser les risques sanitaires de contamination au sein du troupeau :

 

L'animal à protéger c'est le veau. C'est lui qui peut être contaminé de façon directe ou indirecte par les déjections ou le lait d'un animal porteur. Les mesures à prendre sont donc basées sur une hygiène maximum autour de l'élevage du veau, en l'empêchant de rentrer en contact avec les déjections des adultes pendant sa croissance.

 

Il faut réfléchir aux méthodes d'élevage que vous employez et bien visualiser le circuit des déjections des adultes et le circuit du veau en croissance dans votre exploitation : le but est que ces 2 circuits ne se croisent jamais ni directement ni indirectement.

 

Il est bien entendu que selon la production (lait ou viande) ou le type de bâtiment, certaines de ces recommandations ne sont pas applicables, mais voici une liste de principes que l'on peut essayer de mettre en place :

  •   Maintenir les aires de mises bas propres et sèches avec une litière renouvelée et abondante (Dans   les  tabulations libres, grand intérêt de disposer d'un box de vêlage facile à nettoyer et à désinfecter).
  •  Séparer les veaux des mères au plus vite en élevage laitier et les élever à l'écart des adultes.
  •  Nourrir les nouveaux-nés avec un colostrum trait d'une mamelle nettoyée et désinfectée, à condition que la    mère soit indemne de la maladie. Sinon, utiliser un colostrum congelé issu d'une vache dont on connaît le statut. Ne pas mélanger les colostrums de plusieurs vaches.
  •  Pour les veaux laitiers, préférer un allaitement à base de poudre de lait diluée dans de l 'eau contrôlée (attention à l'eau des puits !).
  •  Limiter les risques de contamination des aliments et de l'eau par du fumier (Pas d'épandage de lisier ou de fumier sur les pâtures destinées aux jeunes animaux. Attention aux parcelles dont sont issus les fourrages destinés aux veaux !)
  •  Porter une attention particulière aux contaminations facilitées par les vecteurs humains et matériels (Bottes souillées léchées par le veau, matériel de vêlage pas nettoyé et pas désinfecté).
  •  Isoler les animaux infectés loin des jeunes veaux et traiter leurs déjections à part.
  •  Veiller à l'hygiène et à la désinfection des bâtiments (Nettoyage quotidien des aires bétonnées, paillage régulier des aires paillées, désinfection annuelle des bâtiments et régulière des zones qui ont accueilli les animaux malades)
  •  Faire tester tout animal adulte présentant les symptômes de la maladie.
  •  Ne pas acheter la maladie ! Faites tester l'animal lors de la visite d'achat si c'est un animal âgé de plus de 18 mois (même si les tests sont imparfaits).
  •  Veiller à respecter un bon équilibre alimentaire et à bien contrôler le parasitisme.

  

La stratégie de contrôle de la paratuberculose passe donc par la connaissance du statut de votre cheptel, par un plan de réforme des animaux excréteurs, par des modifications de conduite d'élevage et par des mesures d'hygiène bien pensées.

C'est la combinaison de ces différentes mesures prises de façon simultanée ainsi que la répétition des tests dans le temps qui permettront de faire reculer la maladie et de gagner la bataille.

 

Bien sur, n'hésitez pas à nous demander conseil, nous saurons, par la connaissance que nous avons de votre élevage, vous guider dans les meilleurs choix.