Imprimer

picto La réanimation du veau nouveau-né


Un vêlage bien conduit et bien surveillé ne se réduit pas à l’extraction du veau. Dans les premiers instants de sa naissance, la vie est un véritable challenge pour le nouveau né. De très faibles variations de son environnement ou de son fonctionnement biologique peuvent le mettre en péril et conduire au pire. Les pratiques de réanimation ont pour but de lui permettre d’acquérir une vigueur suffisante pour passer ce cap.


Quelles difficultés rencontre le veau à la naissance ?

 

Avant la naissance, le fœtus ne respire pas - il est dans un environnement liquide et ses poumons ne sont pas fonctionnels - mais il a déjà besoin d'oxygène pour survivre. Son sang est alimenté en oxygène par le sang de sa mère, via le placenta puis le cordon ombilical. Son circuit sanguin est donc bien particulier.

 

Au moment de la naissance, l'alimentation par le cordon ombilical s'arrête et les poumons doivent entrer en activité. Le circuit sanguin du veau doit donc aussi brutalement se modifier pour que le sang puisse se charger en oxygène via la respiration. Si cette modification ne se fait pas dans de bonnes conditions (vêlage trop long, extraction difficile, compression du cordon...), l'organisme du veau peut manquer d'oxygène : on parle d'hypoxie (manque modéré d'oxygène) ou d'anoxie (manque important). Le cerveau, organe fondamental, peut alors manquer d'oxygène : on parle d'anoxie cérébrale. Elle a très vite de grave conséquence (acidose sanguine, troubles nerveux) et conduit à la mort de l'animal si elle se prolonge. Il faut donc tout faire pour l'éviter et aider le veau naissant à s'adapter à son nouvel environnement.


Un vêlage qui dure anormalement est une situation à risque !

Existe-t-il des situations à risque particulier ?

 

Avant même l'extraction du veau, certaines situations à risques doivent être bien identifiées et réclament une vigilance particulière ou le recours à la césarienne. Ce sont toutes les situations susceptibles de donner un veau plus faible, d'allonger la durée du vêlage ou d'entraîner une compression/torsion du cordon ombilical avant le déclenchement de la respiration :

  • prématurité, présence de jumeaux,
  • faux travail, part languissant,
  • mauvaise préparation de la filière pelvienne, atrésie de la vulve,
  • risque de dystocie, présentation postérieure,
  • torsion de l'utérus, etc.

Quels sont les signes d'anoxie à surveiller ?

 

 Avant l'engagement du veau, quelques signes peuvent déjà être annonciateurs d'un veau en difficulté :

  • eaux fœtales souillées par le méconium (veau «jaune» à la naissance),
  • veau agité ou au contraire sans réactions à la palpation,
  • œil enfoncé.


Quand le veau est sorti, en situation normale, les muqueuses sont roses. Le signe d'anoxie le plus facile à mettre en évidence est la coloration rouge foncé à violacée de la muqueuse des gencives au ras des incisives (présence d'un liseré violacé caractéristique) : c'est un signe qu'il est impératif de vérifier chaque fois qu'un vêlage a été difficile ou que le veau nouveau-né a des difficultés à récupérer.

Par ailleurs, si la langue du veau est prise de violentes contractions, c'est également un signe d'hypoxie et de souffrance,

 

Dans les minutes qui suivent la naissance, la surveillance porte surtout sur le tonus du veau et le démarrage de la respiration. Le veau doit redresser la tête dès la naissance et la tenir après une minute. Au toucher ses muscles sont immédiatement durs et toniques. Sa respiration se déclenche d'abord par un longue inspiration, suivie d'une période d'apnée normale (jusqu'à une minute), puis du déclenchement de la respiration régulière (30 mouvements/min).

  • Un veau en anoxie reste étendu, sans redresser la tête. Il est inutile de la lui redresser manuellement. Au contraire, le redressement spontané de la tête sera le signe de l'amélioration de son état quand vous aurez administrés les bons soins.
  • Si en plus, les muscles du veau sont mous au toucher (poupée de chiffon), l'anoxie est grave.
  • La respiration peut ne pas se déclencher immédiatement, ne pas reprendre après la période d'apnée     ou reprendre difficilement lentement ou trop faiblement.

 

Enfin, une anoxie plus légère peut parfois passer inaperçue à la naissance mais se manifester par des séquelles dans les heures qui suivent :

  • absence du réflexe de succion,
  • veau amorphe,
  • hypothermie.


  • Versement d'eau froide sur la nuque
  • Suspension du veau par les membres postérieurs
  • Réchauffage du veau avec de la paille

Comment lutter contre l'anoxie ?


La réanimation du veau s'organise donc autour de quatre objectifs :


1/- Favoriser le démarrage de la respiration pulmonaire :

  • en chatouillant la muqueuse des narines avec un brin de paille,
  • en tirant sur la langue,
  • en versant de l'eau froide sur la nuque du veau pour stimuler ses centres nerveux,
  • en utilisant un médicament analeptique respiratoire par voie intraveineuse, intranasale ou sublinguale,

 

2/- Libérer les voies respiratoires du veau en l'aidant à évacuer ses glaires :

  • suspendre le veau par les membres postérieurs jusqu'aux premiers mouvements de défense: au minimum 40 secondes, au maximum 1 minute 30.

 

3/- Stimuler l'oxygénation du cerveau en injectant un produit vasodilatateur qui améliore l'apport de sang au cerveau.

 

4/- Corriger les troubles liés au prolongement de l'anoxie :

  • réchauffer le veau en le frottant énergiquement avec un bouchon de paille (le long de la colonne vertébrale, en évitant la cage thoracique car risques de gêner ses mouvements respiratoires), en le plaçant sur une litière épaisse et propre et éventuellement sous une lampe chauffante,
  • lors d'anoxie marquée (veau mou, liseré violacé persistant sur la gencive, refus de téter) il est souhaitable de faire appel à votre vétérinaire afin qu'il pratique une perfusion de bicarbonate et de soluté énergétique.

 

Enfin et dans tous les cas, il est indispensable d'assurer une bonne distribution du colostrum (ou d'un colostro-remplaceur). Celui-ci permettra par ses propriétés énergétiques et immunitaires spécifiques d'assurer un rétablissement complet du veau après la naissance.