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picto Coût du sanitaire : Quelle part dans l'économie d'un élevage laitier ?


Quel est le véritable impact de la gestion sanitaire sur l'économie de l'élevage laitier ? Est-il possible de proposer des indicateurs pertinents pour évaluer ces bilans ?

Les études conduites à ce sujet sont nombreuses mais se focalisent souvent sur les seuls "frais vétérinaires", indicateur facile à extraire mais peu significatif sans une connaissance intime du fonctionnement de chaque élevage. Il est toutefois possible de faire le point et de proposer quelques pistes.


Quelle est la part des frais vétérinaires dans l'économie de l'élevage laitier ?

 

Une étude menée par un centre de gestion du Grand Ouest entre 1996 et 2006 (Source : Le Bulletin des GTV - juillet 2008) résumait les grandes tendances de l'évolution des coûts de production de l'élevage laitier :

  • Diminution constante des charges proportionnelles (liées aux intrants),
  • Augmentation en parallèle des charges de structure, du fait pour l'essentiel du coût du foncier, des mises aux normes et de la mécanisation.

Depuis 2003, sur l'échantillon étudié, les coûts de structure dépassaient les charges proportionnelles.

 

Dans ce panorama, les frais vétérinaires apparaissaient au 10ème rang des coûts de production et représentaient 3% du coût de production pour 1000 Litres de lait, soit à peine plus que les charges liées à l'eau et l'électricité ! (voir tableau ci-dessous)

 

S'il n'est jamais inutile de travailler à les rationnaliser en limitant le gaspillage - achats inutiles de stocks de médicament "en promo" ou "pour voir venir" voués à périmer au fond d'une étagère, traitements intramammaires anarchiques et non raisonnés, etc. - il n'est pas illégitime d'estimer au regard de ces chiffres que les gains financiers directs à attendre ne sont pas énormes à l'échelle de l'exploitation. Les meilleures pistes de progrès sont sans doute ailleurs.

 

 


Part des frais vétérinaires dans le coût de production du litre de lait (Cogedis/SNGTV - 2008)

Quelles pistes explorer pour améliorer le coût du sanitaire ?

 

Plusieurs axes de travail sont à étudier :

D'abord agir sur les charges, en travaillant à diminuer les coûts de renouvellement, autour de diverses pistes complémentaires, à privilégier en fonction de ses objectifs personnels :

  • ne pas subir les réformes en assurant une meilleure gestion des mammites, de la reproduction, etc. L'étude citée précédemment évaluait à 4,7€ / 1000 Litres de lait, le gain à attendre d'une baisse de 10% du taux de réforme,
  • faire vêler un peu plus tôt,
  • mieux valoriser ses réformes en viande,
  • moins élever, vendre plus de génisses,
  • tenter de mener toutes les vaches au-delà de 2 lactations.

Agir sur les produits, en valorisant mieux son lait : augmenter la production, assurer de meilleurs taux, diminuer l'impact des pénalités cellules par une meilleure prévention des mammites.

 

Gestion des mammites, de la longévité, de la reproduction... autant de questions très concrètes pour l'éleveur et le vétérinaire, qui sont elles-mêmes d'autres voies de progrès : recadrer son automédication, se donner les moyens de réaliser tôt les bons soins individuels, mettre en place une véritable maintenance sanitaire globale du troupeau.


Quels sont les meilleurs indicateurs de bonne gestion sanitaire ?

 

Travailler de nouvelles pistes de gestion, c'est évidemment se donner de nouveaux indicateurs pour identifier sa situation. Ces indicateurs existent déjà pour la plupart mais certains mériteraient d'être mieux exploités.

 

Le Coût de renouvellement : (en €/1000 Litres de lait). Il se calcule de cette façon : [(Coût d'élevage ou d'achat d'une génisse) - (Prix de vente d'une réforme)] / Production moyenne annuelle.

Ramené au 1000 litres de lait, c'est un indicateur qui peut fortement varier en fonction du marché de la viande.

 

Le Taux de renouvellement : est un indicateur technique moins soumis à la conjoncture : [Nombre de génisses introduites] / [Nombre moyen de vaches présentes].

Calculé sur au moins deux ans pour lisser les variations annuelles, c'est un bon critère de comparaison de situations.

 

Le Taux de réformes : se calcule par le nombre moyen annuel de réformes divisé par l'effectif moyen annuel. Les chiffres des contrôles laitiers l'évaluent entre 33 et 35% en 2008. C'est très élevé !

Sur 10 génisses qui vêlent, seules 5 feront plus de deux lactations ! Le contrôle laitier de la Haute-Marne indiquant en 2008 que 25% des génisses ne finissent pas leur première lactation !

Ces chiffres sont d'autant plus élevés qu'il conviendrait de les additionner aux chiffres de mortalité des vaches, qui augmentent sur la même période.

 

Le Lait Moyen Quotidien (LMQ) ou Lait par Jour de Vie : est un bon indicateur de la relation entre longévité et rentabilité. Il se calcule en divisant la production laitière totale d'une vache durant sa vie par le nombre de jours de vie depuis sa naissance.

Le LMQ est un critère intéressant pour nous car il prend en compte la vie non productive de la vache avant sa mise à la reproduction. Il apparaît que si une vache ne boucle pas sa deuxième lactation, sa vie productive représente moins de 50% de sa vie complète, ce qui est inférieur au seuil d'amortissement économique de son coût d'élevage. Que dire alors de la réforme des primipares !


Tous ces chiffres sont évidemment à mettre en relation avec la conjoncture, la situation régionale, les particularités individuelles. Il ne s'agit que de points de départ pour l'analyse fine d'une situation personnelle, mais une évidence se dégage : la gestion sanitaire du troupeau est un facteur important de rentabilité économique, bien au-delà de la seule rationnalisation des "frais vétérinaires".