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picto Quelle démarche adopter face à un problème d'avortements chez les bovins?


Problématique bien connue des éleveurs et des vétérinaires, les problèmes d'avortement font partie de la vie des élevages de bovins. Ils doivent être considérés avec sérieux, car ils peuvent être le signe d'une maladie infectieuse majeure. Malheureusement, il s'agit quelques fois aussi de problèmes complexes qui nécessitent une démarche diagnostique très approfondie, avec parfois des résultats décevants.


Qu'entend-on par « avortement » ?

 

L'avortement se définit communément par l'interruption avant son terme du processus de gestation. Cette définition simple ne recoupe pas exactement la définition légale, donnée par le décret « brucellose » de 1965, qui définit comme avortement : l'expulsion du fœtus ou d'un veau mort-né, ou succombant dans les 48h qui suivent sa naissance.

La définition légale inclut donc les veaux nés à terme, mais exclut les avortements très précoces (mortalités embryonnaires), qui ne sont pas accompagnés d'autres signes que le retour en chaleur de la vache. Pourtant, ils nous intéressent également, car ils relèvent globalement de la même problématique médicale.


Quelles sont les principales causes d'avortements chez la vache ?

 

Elles peuvent être multiples, infectieuses ou non :

  • causes non infectieuses: génétiques, «mécaniques» (problème utérin ou placentaire), alimentaires, physiologiques (stress majeur), etc.
  • causes infectieuses: BVD, fièvre Q, chlamydiose, néosporose, salmonellose, listériose, mycoses, etc. Les maladies abortives sont très nombreuses. La brucellose, quasiment éradiquée, reste importante indirectement, car elle motive la déclaration obligatoire des avortements.

 

Il faut cependant toujours garder à l'esprit que des causes multiples peuvent être associées dans un même élevage et que certains microbes sont loin d'être systématiquement identifiés (voir schéma ci-contre).


Quand un problème d'avortements devient-il préoccupant ?

 

Un avortement isolé ne représente généralement pas un problème majeur. Il peut être associé à des causes très diverses et appartient à la vie naturelle de l'élevage. C'est la répétition des avortements qui doit alerter sur un danger sanitaire et économique ! (ex : pour 40 laitières, 3 avortements par an, 2 successifs en l'espace de 3 mois...)


Quelle méthode générale d'approche faut-il adopter ?

 

En règle générale, la bonne attitude face aux avortements tient en 3 points :

  • Se donner les moyens d'identifier, quantifier et caractériser le problème ;
  • Mettre en place les mesures de protection de base pour éviter les catastrophes ;
  • Faire des recherches par des analyses adaptées.


1/ identification du problème :

Il est indispensable de repérer les avortements et les retours en chaleur, d'être donc suffisamment disponible et proche de son troupeau.

Il est aussi très utile, quand un avortement a été identifié, de pouvoir le remettre dans le contexte : quel stade de gestation ? Quels symptômes associés ? Quelles circonstances ?... Ce sont des informations nécessaires pour le diagnostic.

Vous disposez déjà des outils pour bien assurer cette vigilance :

  • Votre cahier sanitaire d'élevage : notez-y les avortements, le n° de la vache et les circonstances.
  • Les outils de suivi de la fécondité qui permettent de noter les retours décalés notamment après des diagnostics de gestation positifs
  • La déclaration d'avortement : même si la brucellose est devenue très rare, ce n'est pas un outil du passé! La visite du vétérinaire est prise en charge par l'Etat. C'est une opportunité idéale pour ne pas passer à côté d'une série d'avortements !

2/ mesures de protection immédiate :

Certaines causes d'avortement sont des maladies très contagieuses et parfois transmissibles à l'homme. En présence d'un avortement, le bon sens impose quelques mesures de protection :

  • Isoler les avortées : dans un parc sanitaire, qui peut-être nettoyé et désinfecté.
  • Recueillir le placenta et l'avorton, et les tenir à disposition du vétérinaire pour le prélèvement (à l'abri de la chaleur, de la lumière, des chiens...)
  • Se protéger soi-même et son élevage : porter des gants, se laver soigneusement les mains, mettre en place un pédiluve, etc.


3/ recherches à effectuer :

La déclaration systématique et obligatoire des avortements permet à votre vétérinaire de choisir le niveau de recherche adapté à la situation en fonction du contexte sanitaire de l'élevage (fréquence des avortements, pathologies associées, etc...)

  • 1er niveau de recherche obligatoire : la brucellose sur le sang de la femelle ;
  • 2ème niveau : recherche des maladies abortives les plus fréquentes (néosporose, fièvre Q, chlamydiose, BVD) ;
  • 3ème niveau : recherches approfondies avec comme limite la possession de prélèvements de qualité suffisante pour être exploités (notamment l'avorton), le choix des prélèvements (sang, lait, aliments, eau, etc....), le coût des analyses et l'interprétation des résultats dans le contexte de l'élevage. Une collaboration étroite avec votre vétérinaire permettra de prendre les bonnes options avec le meilleur rapport coût/efficacité.

La gestion des avortements des bovins nécessite de travailler sur tous les évènements sanitaires de votre élevage en temps réel pour être réactif. Seul votre vétérinaire est capable d'effectuer avec vous cette maintenance sanitaire, qui comprend une véritable veille sanitaire, en faisant la synthèse de tous les évènements de la vie de l'élevage : reproduction, production, pathologie.